RECHERCHE – Mes activités de recherche concernent l’herméneutique littéraire et dans les temps à venir, la musicologie. J’ai toujours conçu que la pratique de la recherche en sciences humaines se confronte nécessairement à deux écueils qui lui sont quasiment constitutifs : un excès de théorisation d’une part et une conception surplombante de l’autre. Une double caractéristique que je considère fondamentalement comme un double risque, ces deux voies concomitantes n’étant pas loin de constituer ce que Bourdieu nommait un habitus si l’on pense à la pratique sociale que recoupe ce type de discours, une sorte d’ethos qu’on se doit communément d’adopter, par conformisme le plus souvent, et par nécessité de carrière encore plus souvent. Or je rejette cette double postulation, c’est dire si la façon dont j’envisage le discours critique est personnelle, avouée et volontaire – et que j’entends ne pas en démordre, quitte à me tenir soigneusement en marge d’une communauté avec ses tics de langage, ses conventions, ses mœurs et même son instinct grégaire. D’abord parce que l’excès de théorisation m’ennuie et me désole, là où j’y vois une facilité de l’esprit à s’enfermer dans des schémas spéculatifs arbitraires, au moment même où la théorie cesse d’être un adjuvent nécessaire de l’analyse et qu’elle mute en une surenchère circulaire. Ensuite parce que la position de surplomb du discours critique vis-à-vis de son objet d’étude m’est proprement insupportable, relevant à mes yeux d’une hybris assez dérisoire : se confronter aux œuvres en particulier nécessite une humilité qui est finalement assez rare et pourtant indispensable, pour éviter de jouer à celui qui a tout compris. J’essaye pour ma part de rester fidèle à cette humilité, en me reconnaissant constamment dans l’acception de la recherche et de la critique qui fut celle de Jacques Rivière, et qui tient dans ce beau verbe : « éclairer ». C’est-à-dire tout à la fois être à même de fournir des outils d’appréhension provenant de sa propre expérience esthétique et d’analyse, susceptibles de faciliter la compréhension, et activer une exigence de lucidité et de probité face à une œuvre donnée, un créateur considéré, toujours dans une fréquentation suivie, et si possible, « dans l’estime » pour reprendre le terme de Saint-John Perse. Sinon, s’il s’agit de médire et de déverser son fiel, ou encore de se trouver si beau en son propre surplomb, qu’on se sente légitime à alimenter sans vergogne le parasitage des œuvres par l’inutile commentaire, comme le lierre avide sur l’arbre mort (pour reprendre une image de George Steiner), je préfère laisser cela à d’autres, qui y trouvent peut-être leur salut – et pour citer encore Saint-John Perse : « Il y aura toujours assez de lait pour les gencives de l’esthète et pour les bulbes du narcisse ».

Les fruits concrets de cette activité de recherche sont détaillés et référencés au sein des rubriques Articles et Ouvrages. Les articles en question proviennent de diverses contributions à des colloques internationaux, congrès ou journées d’études. Un cadre dont je me suis vite lassé pour de nombreuses raisons, n’y sacrifiant plus qu’à titre exceptionnel. Je présente ici les occurrences dans le cadre desquelles j’ai choisi d’exercer cette recherche selon mes propres modalités, qu’il s’agisse des colloques et rencontres que j’ai moi-même organisés à partir de 2003, que j’ai co-dirigés dans d’autres cas, ou des programmes de recherche que j’ai suscités, par l’intermédiaire des revues que j’ai fondées en 2006 puis 2021 ou dans le cadre de l’Institut du Tout-Monde, grâce au soutien de Sylvie Glissant. Et pour ne rien arranger à la réelle méfiance que j’ai dite envers les us et coutumes du monde de la recherche en sciences humaines, je refuse d’accoler même à titre générique le terme de « scientifique » aux directions de colloques, revues et publications dont il sera question ici, l’adjectif me semblant tout à fait impropre à ces champs, et provenant d’un mimétisme bien connu desdites sciences humaines dans leurs rapports suspects aux sciences dites dures. Ceux qui auront lu Karl Popper me comprendront, les autres peut-être ou pas du tout. C’est en tout cas mon choix.

REVUES fondées en 2006 et 2021


J’ai fondé La nouvelle anabase aux Éditions L’Harmattan en 2006 à partir des activités de recherche suscitées dans le sillage de mon site Sjperse.org. Ci-dessus, en lien, on pourra consulter une présentation détaillée de tous les numéros de la revue parus depuis 2006. Une parution interrompue depuis quelques années et qui reprendra bientôt. L’évolution de cette revue épouse les courbes des thématiques de recherches menées au sein du site puis ayant fait l’objet par la suite de collectifs pour les différentes livraisons : cinquantenaire du Prix Nobel de 1960, présence de textes de Saint-John Perse à l’agrégation en 2007, etc. Des numéros que j’ai eu plaisir à coordonner, en inaugurant pour moi-même l’office plus qu’exigeant d’un éditeur de revue, devant penser et mettre sur pied la cohérence puis la diffusion de chaque numéro. Activité passionnante et très prenante, qui vient satisfaire en tout cas un goût prononcé et pour moi prioritaire dans le champ critique : contribuer à faire avancer réellement les études spécialisées sur auteurs, et en l’occurrence, viser le renouvellement des études persiennes.

Après avoir fondé avec Sylvie Glissant en 2020 les Éditions de l’Institut du Tout-Monde, et dans le sillage de la création en 2018 du CIEEG (Centre international d’études Édouard Glissant) au sein de l’ITM, j’ai lancé en 2021 en tant que directeur de publication, la revue (à comité de lecture) qui offre au centre d’études un organe critique digne de ce nom, Les Cahiers du Tout-Monde, poursuivant l’objectif (comme pour La nouvelle anabase en ce qui concerne Saint-John Perse) d’un renouvellement des études glissantiennes, qui connaissent aujourd’hui un réel regain. Qui dit regain justement, dit aussi foisonnement des directions à emprunter pour l’étude encore jeune d’une œuvre, celle d’Édouard Glissant, qui conserve encore tant de champs d’analyse à défricher pour être à même d’en éclairer utilement les arcanes. À partir de la page afférente du site du CIEEG (lien ci-dessus), on consultera la page d’index des numéros de la revue (deux jusqu’à présent, 2021 et 2022, la troisième livraison paraissant en 2023), donnant accès aux liens spécifiques sur le site des Éditions de l’ITM.

PROGRAMMES DE L’INSTITUT DU TOUT-MONDE


Au sein de l’action menée par l’Institut du Tout-Monde, j’ai pu développer grâce à Sylvie Glissant à partir de 2013 un certain nombre de programmes à la fois de diffusion et de recherche, donnant lieu à la fois à des partenariats avec un certain nombre d’institutions et à des publications ponctuelles réalisées depuis 2020 par les Éditions de l’Institut du Tout-Monde. J’ai pu en particulier introduire dans la programmation de l’ITM la formule de grands cycles pluridisciplinaires manifestant la présence de l’institution dans les champs de réflexion des sciences humaines, conformément à ce que furent les préoccupations d’Édouard Glissant. J’ai pris en charge spécifiquement trois de ces cycles : « Traduction » (2014-2017) ; « Penser la Caraïbe, penser le monde » (depuis 2015) ; « Mémoires et littératures de l’esclavage : écrire la trace, tramer l’histoire » (depuis 2021). Mais il peut également être question d’autres types de programmations, à l’image de tout ce qui a été suscité dans le cadre des MOOC « Connaître l’esclavage » (au sein de la plateforme « Les Mémoires des esclavages et de leurs abolitions ») et « Parcours de traductologie », ou encore de la vaste opération de « La Traversée des Mémoires », programme pédagogique lancé par l’ITM en 2022 que nous avons initié avec Sylvie Glissant, et qui comportera pour sa seconde phase, un cycle pluridisciplinaire concernant la notion de traversée. Dans tous ces cas, il a été question de proposer aux publics de l’ITM d’accéder à des modules faisant état des évolutions actuelles de la recherche en sciences humaines de manière large à propos des thématiques considérées, et à l’aune de partenariats importants, en prise justement avec les champs concernés (Sciences Po Bordeaux pour le niveau 2 du MOOC « Connaître l’esclavage » ; la Société française de traductologie pour le MOOC « Parcours de traductologie »). Avec dans tous ces cas la volonté de pérenniser les traces numériques des travaux diffusés et ainsi mis à la disposition du plus grand nombre à partir des sites et des réseaux de l’ITM. On pourra donc consulter en liens des occurrences citées ci-dessous, les présentations adéquates justement sur ces sites et réseaux numériques de l’ITM.

COLLOQUES ET RENCONTRES


On pourra consulter en liens pour chacune des occurrences citées ci-dessous, le détail des événements en question, les références d’édition qui s’y rapportent (ces rencontres et colloques ayant tous donné lieu à des publications spécifiques) ainsi que les données disponibles en ligne le cas échéant.