OUVRAGES – Il en va des livres comme des articles : s’ils ne répondent pas à une nécessité impérieuse, et s’ils ne traduisent pas un travail que l’on estime soi-même abouti mieux vaut, et de loin, ne pas envahir les rayonnages déjà débordants des librairies puis des bibliothèques. Dans les sciences humaines aussi, le temps est pourtant aux graphomanes et à la complaisance mais peu importe, je précise que dans ma conception, un ouvrage doit correspondre à un travail de réflexion et d’analyse suffisamment mûri pour être soumis à l’appréciation et à l’usage de tous, c’est en tout cas ce que je propose et que je proposerai dans les années à venir, envers ceux à qui pourront éventuellement être utiles les livres que j’écris et que j’écrirai. Certains des livres à éclore dans les années à venir auront été longtemps portés en germination, car ils sont issus de réflexions au long cours, étendues sur plusieurs années et parfois plusieurs décennies. Le point de convergence de ces réflexions, leur objet commun : l’œuvre – qu’elle soit littéraire ou artistique. Les arcanes de son émergence, les aspects de sa projection hors d’une psyché créatrice. Les moyens de ces réflexions : l’ensemble des outils d’une herméneutique guidée, je l’ai dit, par la seule ambition d’éclairer. Ici le classement raisonné des ouvrages que j’ai écrits et des ouvrages collectifs auxquels j’ai participé ou que j’ai dirigés ou co-dirigés en matière de recherche.

Parus en 2020 aux toutes nouvelles Éditions de l’Institut du Tout-Monde, Rassembler les mémoires et Renverser les gouffres sont les deux premiers tomes d’un ouvrage, Édouard Glissant, une traversée de l’esclavage, qui sera bientôt complété par un troisième volume (anthologie commentée). Ce travail me semblait indispensable, à la fois devant la nécessité d’aborder cet aspect de l’œuvre de Glissant dans la globalité et le détail de l’ensemble de ses écrits, mais aussi et surtout parce que la question de l’esclavage me semble y relever non d’une thématique parmi d’autres, mais d’une réelle matrice au sens large. Une analyse établie autant que possible à partir de l’intérieur de l’œuvre et non selon des schèmes préconçus.
Voir, sur le site des Éditions de l’Institut du Tout-Monde, la présentation détaillée du premier puis du deuxième tome ainsi que les recensions critiques qui en ont été faites (par Elena Pessini dans Studi Francesi ; par Aurélia Mouzet sur Fabula ; par Marc Mvé Bekale sur le Club Mediapart).

En 2025, Alain Andrea et moi-même avons publié dans la collection « Idées » des Éditions de l’Institut du Tout-Monde, cet essai consacré au Liban et fondé sur une réflexion approfondie sur la pensée glissantienne de la Relation, appliquée spécifiquement au contexte libanais. Ce livre est né du dialogue intense que nous avons mené sur l’histoire et la situation actuelle du Liban, à l’aune d’une pensée qui, comme nous en sommes convaincus, est susceptible non seulement de livrer une lecture profonde des trajectoires historiques libanaises, mais aussi de proposer des mises en perspectives inédites pour son devenir. Cette approche puise sa source dans la pensée d’Édouard Glissant, pour qui l’archipel constitue bien plus qu’un ensemble insulaire : il est le modèle de la Relation, de la coexistence des identités multiples et d’une ouverture non totalisante au monde. Le Liban incarne profondément cette structure archipélique. Pays martyrisé par une guerre civile fratricide de 1975 à 1989, puis livré aux visées de mainmises régionales, traumatisé par une grave crise bancaire et par la catastrophe de 2020, le pays ambitionne pourtant un nouvel équilibre potentiel, encore ténu, riche de promesses comme de menaces.

La publication de ce livre d’entretiens avec l’éminent musicologue et spécialiste de Beethoven, Bernard Fournier, correspond à la création par mes soins aux Éditions de l’Institut du Tout-Monde, d’une toute nouvelle collection éditoriale dédiée à la Musicologie. Cette parution (15 avril 2024) est concomitante avec l’autre volume qui inaugure la collection, le maître-ouvrage de Bernard Fournier à propos de la Missa solemnis : Bernard Fournier, La Missa solemnis de Beethoven. Immanence et transcendance. Ouvrir une collection musicologique par un ouvrage de Bernard Fournier et un livre d’entretiens réalisé avec lui, place d’emblée cette collection sous les plus hauts auspices et sous la plus haute exigence. Pour moi en particulier, pouvoir publier la version sensiblement augmentée de ces entretiens avec Bernard Fournier qui avaient d’abord fait l’objet d’un long podcast fin 2020 sur le site de l’Institut du Tout-Monde (« Les grands entretiens de l’Institut du Tout-Monde »), en un ouvrage richement illustré et documenté, représente aussi un point de départ. Le lancement d’une nouvelle collection éditoriale qui sera l’espace où je privilégierai l’édition d’études musicologiques de pointe. Mais aussi un point de départ personnel : la réalisation d’un engagement longtemps prévu en musicologie. Dans les années qui viennent, j’aurai l’occasion de développer cet engagement, au sein de cette collection essentiellement, selon une série de publications déjà en préparation. La focalisation sur Beethoven dans cet élan, n’est pas fortuite : elle en est le moteur, sur lequel j’aurai à l’avenir, l’occasion de revenir longuement.
DIRECTION D’OUVRAGES COLLECTIFS
Je regroupe ici autant les numéros de revue que les actes de colloques, publiés sous ma direction – et il faut entendre par là, intégralement pris en charge pour ce qui est de l’édition des contenus concernés, mais aussi en amont la coordination des occurrences de recherche qui sont à l’origine des publications (colloques, journées d’études, dossiers thématiques ou encore sollicitation et organisation des contributions pour les revues). Ci-dessous l’énumération de ces ouvrages collectifs, indexés aux liens adéquats de présentation détaillée de chacune des occurrences (pour ce qui est de La nouvelle anabase, le lien est le même, à savoir l’index de Sjperse.org menant aux liens spécifiques de chaque numéro).


CO-DIRECTION D’OUVRAGES COLLECTIFS

Le colloque dont ces actes ont été l’une des premières publications des Éditions de l’Institut du Tout-Monde en 2020 est en soi une expérience inédite de recherche : à partir d’un même essai d’Édouard Glissant (Le Discours antillais, Seuil, 1981), nous avons choisi de motiver pas moins de trois sessions en différents lieux du monde (France, Grande-Bretagne, Antilles). La réalisation donc : le tour de force d’être parvenu à éditer au sein d’un seul et même volume les actes de ces trois sessions en quelques 798 pages – la première session que j’ai dirigée à Paris, FMSH et Maison de l’Amérique latine du 25 au 28 avril 2019 ; la deuxième session dirigée par Hugues Azérad à l’Université de Cambridge (Magdalene College) le 15 juin 2019 et à laquelle j’ai contribué ; la troisième session dirigée par Dominique Aurélia et Laura Carvigan-Cassin à l’Université des Antilles (pôles Martinique et Guadeloupe) les 5 et 6 novembre 2019. Le fruit de toute cette synergie : Édouard Glissant et Le Discours antillais : de la source au delta. Actes du colloque international en trois sessions organisé par l’Institut du Tout-Monde en 2019. Textes réunis et présentés par Sylvie Glissant, Loïc Céry, Hugues Azérad, Dominique Aurélia, Laura Carvigan-Cassin. Paris, Éditions de l’Institut du Tout-Monde, collection « Recherche », 2020.

Le colloque à l’origine de cette publication s’est déroulé du 26 au 28 avril 2005 à l’Académie Beit al-Hikma de Carthage, à l’initiative de l’Université de Tunis : « Édouard Glissant. Pour une Poétique de la Relation : limites, épreuves, dépassement », dont je faisais partie du comité d’organisation, avec Samia Kassab-Charfi et Sonia Zlitni-Fitouri. La publication des actes : Autour d’Édouard Glissant. Lecture, épreuves, extensions d’une poétique de la Relation, Édition préparée par Samia Kassab-Charfi et Sonia Zlitni-Fitouri, avec la collaboration de Loïc Céry, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Sémaphores », 2008. Ce colloque fut l’occasion pour Édouard Glissant de fouler le sol de Carthage pour la première fois, pour lui qui avait consacré dans Le sel noir un poème mémorable à la ville et à son histoire tragique. L’occasion également d’un pont dressé entre les rives de la Méditerranée et autour de l’œuvre de Glissant et son appel à la Relation, comme je le souligne dans ma part de la présentation globale, sous le titre « Pour le passeur des mondes ».
ÉDITIONS DE TEXTES

Roger Little m’a fait l’honneur de m’accueillir en 2021 au sein de son excellente collection « Autrement Mêmes » des Éditions L’Harmattan. Cette collection patrimoniale offre aux chercheurs et au grand public l’accès à des textes d’une grande rareté, réédités pour la première fois et mis en perspective par des introductions et appareils critiques établis par des plumes choisies pour leur expertise ou leur connaissance pointue du sujet abordé au sein des ouvrages en question (voir mon entretien avec Roger Little pour les 20 ans de sa collection, dans le cadre des « Grands entretiens de l’Institut du Tout-Monde »). La réédition raisonnée du Collier chou (dont la publication initiale date de 1935), véritable journal regroupant les mémoires de Louise Perrenot (Camille Gast), épouse d’un Inspecteur de l’Éducation national en poste durant neuf en Martinique dans les années 1920-1930, permet d’accéder à nouveau à un témoignage historique et culturel rare sur le contexte du début du XXe siècle en Martinique et constitue par ailleurs un véritable hymne au pays et à ses habitants.
Louise Perrenot (Camille Gast), Le collier chou. Impressions de séjour, Présentation de Loïc Céry avec la collaboration de Roger Little, Paris, L’Harmattan, coll. « Autrement Mêmes », 2021.

L’autre volume à la présentation duquel j’ai participé dans la collection de Roger Little, avec Charles W. Scheel : Féfé et Doudou, Martiniquaises, de Claude et Marie-Magdeleine Carbet. J’y ai apporté des « pistes de réflexion », comme cela est indiqué dans le volume, sous le titre de « Pavane pour un sanglot mulâtre ». Il s’agissait pour moi de mettre en effet en perspective ce volume de nouvelles de 1935 de Claude et Marie-Magdeleine Carbet, avec d’autres titres de la collection « Autrement Mêmes » (Suzanne Lacascade, Drasta Houël), comme expression d’une « littérature mulâtre » dont les positionnements à la fois esthétiques et idéologiques induisent une problématique bien réelle au sein de la littérature antillaise. Sans nourrir une critique acerbe mais en se gardant de toute complaisance, il importait pour moi, de proposer un regard lucide sur un moment singulier de cette littérature.
Claude et Marie-Magdeleine Carbet, Féfé et Doudou, Martiniquaises. Présentation de Charles W. Scheel et de Loïc Céry avec la collaboration de Roger Little, Paris, L’Harmattan, coll. « Autrement Mêmes », 2024.

En 2007, j’ai eu l’honneur de contribuer à l’édition critique de la Poésie complète de Léopold Sédar Senghor aux Éditions du CNRS (collection « Planète libre »), sous la direction de Pierre Brunel.
Au sein du « Dossier de l’œuvre », section « Rencontres et rapprochements », reprise (p. 1208 à 1261) de mon article de 2000 (colloque de Nice, voir page Articles de ce site), « Le flamboyant et l’exilé : l’horizon persien de Léopold Sédar Senghor ». Une approche renouvelée de la profonde empreinte persienne de la poésie de Senghor. Une empreinte nourrie d’un itinéraire subtil qu’il s’agissait d’analyser à nouveau, de l’admiration avouée du poète sénégalais pour Saint-John Perse, à l’intense dialogue intertextuel qui irrigue son œuvre, avec la poésie de l’auteur d’Éloges.




